Quatre « 4 » pensées qui nous piègent (et comment les contrer)

« C’est évident, c’est l’homme de la situation », « J’en étais sûr(e) »… Guidé par des automatismes, vous créez une réalité illusoire à laquelle vous croyez dur comme fer. Au risque de vous tromper et de souvent déchanter. Conseils pour ne plus s’abuser.

Peut-on encore aujourd’hui croire connaître quelqu’un à fond, croire que nos pensées traduisent fidèlement la réalité et que les émotions justifient l’action ? Oui, répond le psychoclinicien Yves-Alexandre Thalmann (1). « Intellectuellement, on sait opérer le distinguo, mais dans la pratique, il en va autrement. Par exemple, on se met souvent dans la tête de l’autre en interprétant ses pensées… à côté ». Voici quatre pièges à démonter pour prévenir les embrouilles et aller de l’avant.

Pensée piège n°1: « Je le connais bien, il sera partant »

Jean n’est pas là? Pas de souci, il sera content d’être du projet Z. En plus, c’est dans ces cordes. Et hop, vous l’inscrivez d’office sur la liste des volontaires. Marie n’a pas rendu le dossier à temps? Pas étonnant, elle a privilégié le rapport Z. Vous raisonnez, répondez et décidez à la place des autres, car vous êtes dans l’illusion que vous les connaissez par coeur. Du coup, vous les empêchez de prendre position. Ont-ils envie? Ont-ils le temps ? Certes, vous travaillez avec eux depuis des années, mais cela ne fait pas de vous un devin. Vous ne connaissez que leurs réactions habituelles, face à vos propres comportements habituels.

  • Les parades. Réaliser que l’individu est parfois imprévisible. 1/ Questionnez pour cerner ses intentions : « qu’en penses-tu? », « qu’est-ce qui est important pour toi? » 2/ Notez Jean, sur une liste provisoire et demandez-lui confirmation. 3/ Evitez d’interroger Marie sur le « pourquoi » de ses retards – ce qui ne lui permet pas de changer – mais formulez une demande explicite et détaillée. Exemple : « Je te demande de respecter les délais de deux jours que je te donne, et de me prévenir en cas d’imprévu. »

Pensée piège n°2: « Je suis (il est), franchement un imbécile! »

Stéréotypes et préjugés, découlent de nos croyances perçues comme des vérités. Que ce soit des discours auto dévalorisants (« Je suis nul », « mon patron me déteste ») ou dévalorisants pour les autres (« Quel crétin! », « Paul est tatoué, c’est un marginal »), ce dialogue intérieur vous persuade que vous êtes dans le vrai. Notre esprit produit en continu des « élucubrations mentales » que nous ne filtrons pas et qui sont passagères. Inutile donc de leur conférer trop de crédit. Elles étiquettent, catégorisent, généralisent pour nous rassurer, mais ne permettent pas d’avoir prise sur les choses.

  • Les parades. Prendre du recul sur ses spéculations. 1/ Mettez-vous sous observation et verbalisez : « Je suis en train de penser que mon patron me déteste ». 2/ Chantez vos pensées négatives sur un air connu ou répétez-les d’une voix déformée, vous constaterez que celles-ci se résument à de simples sons, rien de plus. 3/ Allez converser avec Paul, pour découvrir sa véritable personnalité.

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Pensée piège n°3: « Ah, ça y est, j’en étais sûr(e)… »

Un nouveau patron arrive, et vous jugez, illico que c’est une peau de vache. Vous l’entendez faire une remarque désagréable à un pair, et de conclure : « J’avais raison, c’est un dur! ». De fait, vous ne voyez plus que ce qui va dans le sens de cette croyance, ignorant ce qui la contredit. Ce processus se nomme le « biais de confirmation ». Il s’active aussi lors des évaluations annuelles : le salarié ne retient que les 2 axes d’amélioration évoqués et non les 8 points de satisfaction. Et il rumine. « J’en étais sûr, le chef n’apprécie pas mon boulot! ».

  • Les parades. Faire une cure de réalité. 1/Envisagez tous les éléments objectifs d’une situation. Oui, vous avez vu aussi le patron dire bonjour avec le sourire et donner des conseils bienveillants. Oui, votre n+1 a développé en quoi il était content de vous. 2/ Ayez de « bons ennemis » : des contradicteurs pas méchants, qui vous bousculeront sur vos a priori sans prendre de gants, à l’inverse de vos amis.

Pensée piège n°4: « M…, ça m’énerve trop! »

Submergé par l’agacement, la colère, ou la jalousie, vous exprimez votre ressenti avec force, tapant du poing sur la table, ou préparant un coup bas envers votre collègue. Vous estimez que l’émotion pousse forcément à l’action. Or ce sont deux choses différentes. Il est normal d’éprouver de la fureur, de la peur, mais pas de la manifester violemment. En aucun cas, l’émotion ne légitime l’action. Si vous ne maîtrisez pas un sentiment, vous pouvez maîtriser vos faits et gestes. Cela relève de votre choix.

  • Les parades. Dégonfler le soufflé. 1/ Accueillez l’émotion, mais laissez-la passer. Lutter contre elle, vous fera dépenser beaucoup d’énergie, vous l’amplifierez et vous finirez par exploser. 2/ Défoulez-vous par une activité sportive (vélo, box, squash…). 3/ Considérez vos troubles comme une migraine : c’est votre affaire, les autres n’ont pas à en souffrir.
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Confiance en soi: comment contrer ces pensées qui vous freinent

« Je suis nul », « J’ai la guigne », « Mes pairs m’enfoncent »… Défaitiste, vous ruminez des pensées noires, négatives sur vous-même et qui vous empoisonnent. Les conseils de la coach Hélène Mathieu-Venard pour les neutraliser.

Tout individu risque d’être pris dans un cercle vicieux d’autocritique et d’émotions désagréables qui peuvent le bloquer dans ses élans, ses envies, son bien-être et attirer des personnes qui le confortent dans ces idées. Ces croyances sur soi sont difficiles à déraciner, mais un recadrage adapté peut être efficace pour les modifier. Une méthode: l’écriture de phrases « toxiques » d’une part,  » antidotes » d’autre part, à écrire chaque jour dans un premier temps puis chaque semaine ensuite. Répéter les phrases antidotes devant la glace ou un ami (conjoint) bienveillant, les enregistrer au besoin et les réécouter régulièrement. Enfin, déchirer puis brûler ou jeter le bout de papier contenant les phrases toxiques. Des actions certes symboliques, mais qui ont fait leurs preuves. Illustration sur quatre familles de pensées qui vous freinent.

1. La vision négative de son identité, de sa valeur

« Je ne vaux rien », « Ma parole ne compte pas », « Je ne suis pas important ». Il s’agit de repérer votre part de subjectivité dans ces pensées. De circonscrire ce ressenti, à l’instant « t » et dans le contexte bien précis où il surgit, afin d’éviter de le généraliser. De victime passive, devenez responsable. Décidez-le clairement, du fond de votre coeur et de vos tripes, cela vous engagera envers vous-même sur les plans intellectuel et émotionnel. Petit truc, dès que vous trébuchez, éteignez ainsi mentalement le « off » du mode négatif de vos élucubrations, pour appuyer sur le « on », qui déclenche le mode positif.

Les phrases antidotes.

  • « J’ai une valeur indéniable, par le seul fait d’exister et il m’appartient le premier de la reconnaître avant qu’un autre ne le fasse ». « J’ai de l’importance, et je la reconnais avant qu’un autre… »
  • « Ma parole ne compte pas dans tel et tel contexte, avec telle ou telle personne ; je veux et je peux modifier les interactions avec elle. »

2. La vision négative de ses capacités, de ses compétences

« Je ne suis pas capable d’assumer ce projet « , « Je rate toujours tout », « Je n’y arriverai jamais ». En votre for intérieur, vous savez que c’est faux. Recherchez votre stratégie personnelle de réussite. Autrement dit, remémorez-vous un succès, à un examen par exemple. Qu’avez-vous mis en place pour réussir? Du temps pour réviser, de la musique pour vous concentrer, le soutien d’un proche pour mémoriser, etc. Ecrivez ces éléments faciles à reproduire pour dépasser ces entraves.

Les phrases antidotes.

  • « Je suis capable d’assumer ces responsabilités mais cette perspective me fait peur pour le moment… Je décide d’acquérir les savoirs qui me manquent. ».
  • « Parfois je réussis, parfois j’échoue, je considère l’échec comme une étape vers le succès. »
  • « Je suis capable d’y arriver, j’ai avant tout besoin de croire en mes capacités et de vouloir réussir. »

3. La vision négative de son entourage, des autres

« Je me fais toujours avoir ! », « Personne ne me respecte », « Les autres sont dangereux ». Il s’agit de relativiser cette croyance (voir point 1). Puis de réfléchir à mettre en place un contrat avec l’interlocuteur qui a un comportement abusif à votre égard. L’objectif est de le pousser à verbaliser les raisons qui l’amènent à exiger de vous ceci ou cela. Et de lui faire comprendre que c’est donnant-donnant.

Les phrases antidotes.

  • « Je suis digne d’être respecté et je décide de me respecter moi-même. »
  • « Il y a des êtres malveillants mais aussi des êtres bienveillants. »
  • « Tout le monde ne vise pas à exploiter autrui; je veux travailler fermement mes limites à ce que je peux accepter. »

4. Contrer la vision négative du monde, de la vie

« C’est la jungle », « J’ai la poisse », « Les autres sont chanceux! » Gare à ne pas confondre la lucidité sur les risques ou embûches possibles, utile dans des situations difficiles, avec le broyage de noir dont vous êtes coutumier. Prenez conscience que cette extrême négativité est une façon pour vous de vous protéger d’une déception éventuelle, d’un jugement. Il est crucial d’être convaincu que le positif va émerger, une conception de la vie familière au bouddhisme en particulier.

Les phrases antidotes.

  • « Je suis conscient que c’est parfois la loi du plus fort, mais globalement, il y a des règles. Et je dispose de toutes les ressources personnelles pour agir. »
  • « Certains éléments malencontreux se sont produits, ce qui ne signifie pas que j’ai la poisse, et ils révéleront sans doute plus tard des aspects positifs. »
  • « Je deviens proactif. Je décide de créer les conditions optimales pour réussir et de saisir toutes les occasions prometteuses. »