La France veut qu’une partie de son budget de défense soit considérée comme de l’aide au développement

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C’est une proposition audacieuse qu’a faite la secrétaire d’État française au Développement,
Annick Girardin . Quelques jours avant de s’envoler pour la
Conférence sur le financement du développement, à Addis-Abeba du 13 au 16 juillet , elle a plaidé pour qu’une plus grande partie du budget du ministère français de la Défense soit pris en compte dans le calcul de l’aide publique au développement (APD). « Il ne s’agit pas de considérer que toutes nos opérations à l’extérieur relèvent de l’aide au développement, a-t-elle expliqué, au cours d’un déjeuner de presse le 8 juillet. En revanche, dans des pays comme le Mali ou la Centrafrique, après les interventions, il y a eu une phase de reconstruction et de stabilisation et l’armée française a parfois contribué au développement de certains territoires ».
L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), qui calcule le montant l’aide publique au développement pour chaque pays, prend pourtant déjà en compte certaines dépenses de défense, notamment l’assistance aux réfugiés ou encore les missions civiles des opérations de maintien de la paix validées par l’Onu. Ainsi, 51,6 millions d’euros de dépenses du ministère français de la Défense ont été comptabilisés comme APD en 2013. Dans cette enveloppe, on trouve par exemple du soutien budgétaire à Djibouti (36 millions d’euros) ou encore de « l’aide humanitaire » au Tchad (6 millions d’euros).
Mais la France – comme d’autres pays – voudrait aller plus loin, comme l’a déjà affirmé Annick Girardin à l’OCDE en décembre dernier. Paris souhaiterait notamment que soient comptabilisées certaines dépenses de formation de personnel militaire à des fins non militaires ou encore le « soutien à l’Etat de droit », la lutte contre le crime organisé et le terrorisme. Ces propositions doivent être examinées à l’OCDE début 2016.
Un artifice comptable pour faire gonfler les chiffres de l’APD ?
L’objectif est-il de redresser les chiffres de la contribution française à l’aide au développement ? Ceux-ci sont en effet peu flatteurs . Alors que la France s’apprête à accueillir à Paris la conférence Paris-Climat, en décembre – au cours de laquelle Paris veut renforcer les financements en direction des pays les moins avancés – sa propre contribution publique au développement est en baisse constante depuis 2010.
L’aide publique au développement de la France, a reculé, entre 2013 et 2014, de 11,3 à 10,3 milliards de dollars, soit de 0,41 à 0,36% du revenu national brut (RNB). « En 2014, nous sommes malgré tout passés devant le Japon pour devenir les quatrièmes contributeurs mondiaux [derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne], tient toutefois à préciser un membre de l’entourage d’Annick Girardin. Nous en faisons plus que ce que laisse penser notre rang dans l’économie mondiale. » Reste que la France s’est encore éloignée de
l’objectif des 0,7% du RNB consacrés au développement que se sont fixés les pays du G7 en 2005 .
Mais selon les proches de la secrétaire d’État, l’éventuelle modification du calcul de l’APD changerait peu les chiffres de l’aide française. « La différence serait de quelques dizaines de millions d’euros au maximum, affirme un membre de son entourage. Ce n’est pas notre objectif. Ce que nous voulons, c’est une reconnaissance du fait que la consolidation des appareils sécuritaires des États participe au développement. Comme on l’a vu en Côte d’Ivoire, en Libye, au Mali ou encore en Centrafrique, les crises sécuritaires peuvent faire reculer brutalement l’économie et le développement de certains pays. Cela incitera peut-être d’autres pays développés à faire plus en ce sens. »
En dehors de ses budgets de la Défense, la France promet par ailleurs de faire de nouveaux efforts en matière de développement et de lutte contre le changement climatique. « L’ensemble du gouvernement est d’accord pour faire de nouvelles annonces d’ici à décembre, notamment en direction de nos seize pays prioritaires [tous africains, ndlr] », affirme Annick Girardin.

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