« Le dimanche à Bamako, c’est le jour des mariages » , chante le couple malvoyant

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« Le dimanche à Bamako, c’est le jour des mariages » , chante le couple malvoyant
Amadou et Mariam . Mais plus aveugle encore est la société qui s’indigne peu de la jeunesse souvent excessive des nouveaux époux, et singulièrement des épouses. Quelques intellectuels maliens dénoncent pourtant le mariage précoce comme un fait socioculturel néfaste pour l’épanouissement des jeunes filles. Si l’âge légal de l’union est fixé, au Mali, à 15 ans pour les filles, une étude indique que 25% des Maliennes âgées de 20 à 24 ans seraient entrées dans les liens de l’hymen avant l’âge de 15 ans. La loi est déjà en contradiction avec l’article 6 du protocole de la charte africaine des droits de l’Homme et des peuples qui fixe l’âge minimum du mariage à 18 ans pour les femmes. Alors que dire des entorses à la loi ?…
Les noces enfantines ne sont pas une exception malienne. S’il est difficile d’établir des statistiques précises, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) tente tout de même des estimations. Un récent rapport , mis en lumière à l’occasion de la Journée de l’enfant africain, le 16 juin, indique qu’en Afrique subsaharienne, 40% des femmes mariées le seraient avant l’âge de 18 ans. Dans l’ensemble des pays en développement, elles seraient plus de 60 millions dans cette situation. Au Niger, c’est 76% des filles qui se verraient désigner un époux avant leur majorité. 68% au Tchad et en République centrafricaine. Au Malawi, il n’est pas rare de croiser des femmes mariées âgées de 13 ans.
Les causes de cette précocité sont aussi affligeantes que ses conséquences.
Les causes ? Des prétextes religieux ou culturels, l’obsession de la virginité, l’idée reçue que le statut d’épouse protège des violences sexuelles, la crainte des grossesses non désirées hors mariage, la volonté de faire enfanter tôt pour faire enfanter fréquemment et une kyrielle de raisons mercantiles promues par la pauvreté de certains parents qui considèrent la progéniture féminine comme un fardeau économique que seul le don en mariage peut « rentabiliser ».
Les conséquences ? L’interruption prématurée des parcours scolaires, le manque de perspectives d’autonomisation de la femme, l’augmentation de la mortalité maternelle et néo-natale, le traumatisme post-natal, les fistules, les maltraitances sur des épouses d’autant plus malléables qu’elles sont juvéniles…
Pour de nombreuses ONG dédiées au bien-être de la jeune fille, le nombre de mariages d’enfants pourrait doubler d’ici 2050. Ces pratiques – qui s’apparentent à de la pédophilie institutionnalisée – n’entravent pas seulement les parcours individuels de telle ou telle demoiselle, mais le développement humain et durable de tout le continent.
Bien sûr, les mariages précoces – célébrés parfois avant la puberté – ne sont pas pratiqués qu’en Afrique subsaharienne. L’Afrique du Nord, l’Asie du Sud ou le Moyen-Orient sont toujours coutumiers du fait. Dans ces contrées, quand la pré-adolescente commence à peine à rêver du jour ou son prince viendra, elle en a déjà une caricature dans sa couche…

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