Des soldats israéliens dénoncent les abus de Tsahal à Gaza

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sans précédent de victimes civiles, en recourant à la
force sans discrimination pendant la guerre de Gaza
en 2014. Dans une compilation de témoignages
anonymes de plus de 60 officiers et soldats ayant
participé à l’offensive de juillet-août 2014, Breaking
the Silence dénonce une centaine de cas de mauvais
comportements imputables pour une grande part au
principe du «risque minimum» adopté par Tsahal pour
protéger ses soldats.
« Le principe directeur de l’armée, qui prône le risque minimum
pour ses troupes, y compris aux dépens de civils innocents,
ainsi que les efforts déployés pour dissuader et intimider les
Palestiniens, ont causé de nombreuses victimes dans la
population et des dégâts sans précédent aux infrastructures
civiles», écrit l’ONG. Et de poursuivre: «Les propos
recueillis par Breaking the Silence dévoilent un changement
radical et inquiétant» dans les procédures de combat de
l’armée israélienne, a indiqué l’ONG.
Tsahal a répondu avoir demandé à Breaking the
Silence de lui fournir des preuves ou des
informations sur les faits dénoncés, pour qu’elle
puisse enquêter. Mais l’ONG aurait refusé, selon
l’armée, qui a clairement questionné ses
intentions. Le cofondateur, en 2004, de Breaking the
silence, Yehuda Shaul, explique que son organisation
avait écrit le 23 mars au chef d’état-major de l’armée
pour proposer une rencontre et qu’elle aurait été
«plus qu’heureuse» de partager ses informations.
«Malheureusement, nous n’avons jamais obtenu de réponse»,
a-t-il dit. Tsahal a réaffirmé son engagement à
enquêter «de la manière la plus sérieuse possible» sur
toutes les informations «crédibles» relatives aux
agissements de ses soldats pendant la guerre.
Libération reprend plusieurs extraits de témoignages
de ces soldats.
Un sergent de la division blindée, en patrouille dans
la zone de Deir al-Balah lors de l’opération «Bordure
protectrice», raconte les consignes qu’il a reçues:
«N’importe quelle personne dans la zone est sans doute un
combattant. Il ne sera pas innocent. Et le risque est assez élevé
pour lui tirer dessus tout de suite. C’est ce que nous disaient
les commandants, mais aussi les officiers, juniors ou seniors.
Ils nous disaient aussi: « tirer si on se sent menacer et la chose
la plus morale, car la chance que ce soit un civil est infime. »»
Un soldat, amer, raconte que «deux femmes marchant
dans un verger avaient été repérées puis tuées simplement
parce qu’elles étaient trop près des lignes israéliennes. Après
inspection des corps, il s’est avéré qu’elles n’étaient pas
armées. Elles ont quand même été listées comme terroristes.
On leur avait tiré dessus, alors évidemment elles devaient être
des terroristes».
«JE PENSE QUE C’ÉTAIENT DES CONNERIES»
Un autre se souvient de cet acte qu’il estime
totalement injustifié: «On avait repéré deux femmes en
train de marcher dans un verger, peut-être à 800 ou 900
mètres de nous. Le commandant a demandé une confirmation:
Que voyez-vous, sont-elles suspectes? On n’arrivait pas à bien
les voir. Le commandant a envoyé un drone pour les observer.
Elles marchaient. Elles parlaient au téléphone. Il les a visées.
Elles ont été tuées. Etaient-elles dangereuses? Je pense que
c’étaient des conneries. […] Ensuite, trois tanks sont allés
inspecter les corps. C’étaient bien deux femmes. Elles n’étaient
pas armées. Le chef de char est revenu et nous sommes partis.
Mais ces deux femmes ont été listées comme terroristes. Elles
ont été tuées, donc elles étaient forcément terroristes.»
Un autre témoignage de poursuivre: «On entrait dans
Gaza avec une hypothèse de base qui était que quiconque osait
sortir la tête était forcément un terroriste […]. Nos
commandants nous disaient: si tu tues quelqu’un à Gaza, ça
va, c’est pas un drame. Ils nous disaient qu’il ne devait y avoir
aucun civil dans la zone, qu’ils avaient tous été évacués. Alors
si on voyait quelqu’un, suspect ou pas, on devait tirer! C’était
la consigne. Et, selon les ordres, ce n’était pas un problème.»
Il y a aussi cet autre soldat qui, à la question «quels
étaient vos actes les plus immoraux», confie: «On devait faire
exploser des maisons de suspects terroristes, arrêter des
centaines de gens en masse, yeux bandés, pieds et mains liés,
les emmener par camions. On devait pénétrer dans des
maisons, en sortir violemment les familles et parfois, on
revenait faire exploser les habitations. On ne savait jamais
vraiment pourquoi telle maison ou telle autre maison, ni quels
suspects arrêter. Parfois, ordre nous était donné de détruire au
bulldozer ou aux explosifs l’entrée du village en guise de
punition collective pour avoir hébergé des terroristes.»
«NOUS POUVIONS L’ARRÊTER»
Ce Palestinien n’avait pas d’arme. Et pourtant, il sera
abattu. C’est ce que révèle un autre officier de Tsahal
qui parle d’ «assassinat» : «On était en poste dans une
maison. Elle avait été vidée de ses habitants. Nous sommes en
pleine nuit. Un soldat de chez nous identifie un homme qui
marche sur le toit d’une maison. Je regarde avec mes jumelles,
le type sur le toit doit avoir 25 ans. Il n’est pas armé. On
communique cette info à notre commandant qui nous ordonne,
malgré tout de le tuer. Pourtant, nous pouvions l’arrêter. Des
cas comme celui-ci, nous en avons vécu des dizaines.»
Aujourd’hui, Israël continue d’accuser le Hamas
d’avoir utilisé les civils de Gaza comme des boucliers
humains et d’avoir appelé ces civils à ignorer les
avertissements de l’armée israélienne, qui les invitait
à évacuer une zone avant un raid imminent.
«Bordure protectrice» s’est soldée par la mort de
2200 Palestiniens, dont 1500 civils selon l’ONU. Côté
israélien, 73 personnes ont trouvé la mort, dont 67
soldats.

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