Des malades guéris d’Ebola frappés par un énigmatique syndrome

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Alors que le pire semble derrière eux, les pays les plus touchés par
l’épidémie d’Ebola qui sévit depuis fin 2013, sont à présent
confrontés à un mal mystérieux qui frappe les patients guéris. En
16 mois, le virus a contaminé quelque 26 000 personnes selon le
dernier bilan de l’OMS qu’elle estime elle-même sous-évalué. Plus
de 10 800 personnes en sont mortes alors qu’un peu plus de
15 000 malades se sont heureusement rétablis.
Complications handicapantes
Mais depuis plusieurs semaines, ces « miraculés » présentent des
troubles qui affectent notamment les yeux. Certains souffrent
d’une cécité totale ou partielle, d’autres ont des problèmes
d’audition, des douleurs des articulations, des maux de tête… Ces
effets secondaires attribués au virus peuvent être très
handicapants assez en tout cas pour alerter l’ OMS et les autorités
sanitaires des pays touchés.
« Nous devons être conscients que des complications peuvent survenir
» après un traitement contre la fièvre hémorragique, a reconnu la
docteure Matchidiso Moeti, responsable de l’OMS pour l’Afrique.
En réalité, ces troubles ont été signalés dès octobre 2014 à
Kenema dans l’est de la Sierra Leone, un des trois pays les plus
durement frappés avec le Liberia et la Guinée.
A Kenema, une responsable de l’OMS, Margaret Nanyonga,
rapporte que des survivants d’Ebola souffrent de « troubles de la
vision ». Parlant d’un « syndrome post-Ebola », elle estime même
que la moitié des anciens malades rencontrent des problèmes de
vision pouvant aller jusqu’à la cécité. Elle évoque elle aussi les
douleurs articulaires ou musculaires ou encore des cas de fatigue
extrême.
Devant ce constat, Margaret Nanyonga insiste : « Il nous faut
comprendre pourquoi ces symptômes persistent et déterminer s’ils
sont provoqués par le virus, par son traitement ou encore par les
mesures de désinfection ». Alors qu’aujourd’hui de semblables effets
secondaires apparaissent dans d’autres localités touchées par
Ebola, les autorités sanitaires n’ont pas encore pu creuser la
question tant leurs forces étaient entièrement mobilisées pour
traiter les malades et tenter de juguler l’épidémie.
Manquements graves
Les soignants qui ont pris en charge les milliers de patients
d’Ebola ne baissent pas la garde tant l’afflux d’anciens malades
souffrant de complications est important. Selon l’OMS, cela
toucherait entre 30 % et peut-être jusqu’à 50 % des survivants,
hommes, femmes et enfants confondus. Le recensement des cas
est toujours en cours « afin de mieux connaître l’impact du virus et de
son traitement sur les milliers de survivants ». Sachant que très peu
de malades ont reçu des traitements encore expérimentaux,
l’explication devra probablement être cherchée ailleurs.
Prise de court par l’ampleur et la vitesse de propagation de
l’actuelle épidémie, l’ OMS a reconnu récemment « des
manquements graves dans la communication sur les risques et une
confusion des rôles et des responsabilités ». Elle a promis des
réformes qui devraient lui permettre de mieux faire face la
prochaine fois.
D’ici là, dans les pays où a sévi Ebola on panse les plaies comme
on peut. Les services de santé déjà démunis avant la crise sont
maintenant exsangues. Une situation d’urgence qui a poussé
l’Organisation non gouvernementale Oxfam à lancer un appel à la
Banque mondiale à lever 1,7 milliard de dollars pour aider les pays
affectés par Ebola à améliorer leurs infrastructures sanitaires.
« Cet argent est le minimum pour permettre à tous les habitants du
Liberia, de Sierra Leone, de la Guinée et de Guinée-Bissau * d’accéder à
des soins librement. Les gouvernements et les donateurs doivent
revenir sur des années de négligence avec un plan d’investissement sur
10 ans pour développer un système de santé universel et s’assurer que
ces pays pourront faire face à une nouvelle épidémie », expose Oxfam
dans un communiqué.
*Aucun cas d’Ebola n’a été signalé en Guinée-Bissau, mais la
perméabilité de ses frontières avec la Guinée et ses faibles
ressources en font un pays très vulnérable.

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